
Héros de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, Julien d’Eysmond consacra ensuite une grande partie de sa vie à une autre passion : la terre. Dans les années 1950, à Sainte‑Lucie de Porto‑Vecchio, il façonna un domaine agricole entre mer et maquis et fit, au fil des décennies, un choix déterminant : préserver ces terres, leur vocation agricole et leur environnement naturel.
Près de soixante‑quinze ans plus tard, alors que le littoral alentour s’est profondément transformé sous l'effet de l'urbanisation, le Domaine demeure un vaste îlot de verdure. Sa famille poursuit aujourd’hui cette histoire autour d’une même volonté : préserver, cultiver et transmettre.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Julien d’Eysmond s’engage dans la lutte contre l’occupation nazie et participe activement au réseau de renseignement F2, prenant tous les risques au service de la France et des Alliés. Son courage, ses actes de bravoure et son engagement lui valent d’être distingué non seulement par la France, mais également par plusieurs nations alliées, notamment le Royaume‑Uni, les États‑Unis et la Pologne. Son parcours est récompensé par de nombreuses décorations françaises et étrangères (Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939‑1945 avec palme, Médaille de la Résistance française, Médaille de vermeil de la Reconnaissance française, King’s Medal for Courage, War Medal. Interallied Distinguished Service Cross – First Class in Gold, Commemorative War Medal of General Dwight Eisenhower, Croix de Commandeur de l’Ordre Polonia Restituta, Croix de Vaillance – trois citations, Croix du Mérite en or avec épée, Médaille militaire). Ces distinctions témoignent d’une existence marquée par le courage, l’engagement et le sens du devoir.
Lorsque la guerre prend fin, une autre histoire commence. Celle d’un homme qui choisit de consacrer une nouvelle partie de sa vie à la Corse, à la nature et à la terre.
Dans les années 1950, Julien d’Eysmond s’établit à Sainte‑Lucie de Porto‑Vecchio, sur la commune de Zonza, dans ce paysage encore largement sauvage, entre mer, maquis et chênes‑lièges. Il entreprend de façonner un domaine et de lui donner une véritable vocation agricole. Il y plante des vignes, développe une agrumeraie composée notamment d’orangers, ainsi que des avocatiers, entretient une oliveraie, pratique le maraîchage et installe un rucher. Parallèlement aux cultures, il restaure et entretient l’ancienne suberaie, prend soin des sols et veille à conserver les espaces naturels, la faune et la flore présents sur ses terres.
Passionné par la nature et la chasse, profondément attaché à la Corse, à son histoire et à ses traditions, Julien d’Eysmond considère cette terre comme un lieu vivant, à cultiver mais aussi à protéger. Cette agriculture diversifiée, intimement liée au paysage méditerranéen, pose les premières pierres de ce qui deviendra, plusieurs générations plus tard, le Domaine Saint Ange. Mais son héritage tient peut‑être autant à ce qu’il planta qu’à ce qu’il choisit de ne pas construire.
Au fil des décennies, le littoral de l’Extrême‑Sud de la Corse connaît une transformation considérable. Les maisons se multiplient, les terrains prennent de la valeur et la pression immobilière autour du Domaine devient progressivement plus importante. Julien d’Eysmond fait pourtant un choix constant : conserver la vocation agricole et naturelle de ses terres. Il avait compris qu’un patrimoine ne se mesure pas uniquement à ce que l’on bâtit, mais aussi à ce que l’on décide de préserver. Là où d’autres terres du littoral furent progressivement morcelées et urbanisées, le Domaine conserva ainsi son unité, ses paysages et une grande partie de son caractère naturel.
Il transmit aux générations suivantes bien plus qu’une propriété : une terre préservée, un héritage vivant et la responsabilité de poursuivre son œuvre.
La comparaison entre les photographies aériennes du Domaine prises dans les années 1950 et celles du même secteur aujourd’hui raconte à elle seule cette histoire. Sur les premières apparaissent les terres agricoles de Julien d’Eysmond, les cultures, les espaces naturels et la suberaie, au cœur d’un littoral encore très peu construit. Près de trois quarts de siècle plus tard, le paysage s’est profondément transformé. L’urbanisation s’est développée tout autour, tandis que les terres familiales sont intactes et préservées. Le Domaine apparaît comme un vaste îlot agricole et naturel au cœur d’un littoral densément urbanisé.
Deux images prises à soixante‑quinze ans d’intervalle disent finalement mieux que de longs discours ce qu’a représenté ce choix : autour, le paysage s’est transformé ; au Domaine, la terre est restée préservée.
Les générations suivantes ont souhaité prolonger cette démarche et l’inscrire durablement dans l’avenir du Domaine. Dès 2015, la famille demanda ainsi que plus de quatre hectares de terrains alors ouverts à la construction retrouvent une vocation agricole. Cette orientation fut retenue dans le PLU adopté en 2025.
Dans un secteur littoral soumis à une forte pression foncière, le choix aurait pu être tout autre. La famille a pourtant préféré renoncer à la perspective d’urbanisation de plusieurs hectares afin de les conserver durablement à l’agriculture.
Une décision qui prolonge, plusieurs décennies plus tard, le choix effectué par Julien d’Eysmond : préserver la terre plutôt que l’urbaniser.
L’attachement de Julien d’Eysmond à la Corse ne s’arrêtait pas aux limites de ses terres. Il était également profondément attaché à l’histoire, aux traditions et au patrimoine de l’île. En 1956, il participa notamment au financement de la restauration de la chapelle de Sainte‑Lucie de Porto‑Vecchio, contribuant ainsi à la sauvegarde d’un édifice auquel il était particulièrement attaché. La terre, les paysages, les édifices anciens et la mémoire des hommes formaient pour lui les différentes expressions d’un même héritage. Cet esprit de continuité, de mémoire et de respect du vivant reste aujourd’hui profondément lié à l’identité du Domaine.
L’histoire du Domaine ne fut jamais celle d’un homme seul. Autour de Julien d’Eysmond des hommes et des femmes participèrent, chacun à leur manière, à la vie des lieux, à son histoire et à celle de la région. Parmi eux « Paupole » Gianni, « Cécé » de Rocca Serra, Héliane Giudicelli Auger, ainsi que les familles Carli, Battesti, Marchetti, Marcci, Comitti… Une place particulière revient également à Mohammed, ouvrier agricole dévoué et compagnon fidèle de cette aventure. Évoquer le Domaine, c’est aussi entretenir la mémoire de toutes celles et ceux qui l’ont cultivé, parcouru, protégé et fait vivre.
Près de soixante‑quinze ans après les premières mises en valeur agricoles de Julien d’Eysmond, son petit‑fils, Jean‑Marie de Saint Ange, fidèle à la promesse faite à son grand père de ne jamais construire et de remettre en activité le domaine agricole, a choisi de poursuivre l’œuvre engagée par son grand‑père. L’ambition est aujourd’hui de redonner pleinement vie à sa vocation agricole tout en l’adaptant aux enjeux contemporains. Le Domaine Saint Ange – A Sapara di u Banditu renoue ainsi avec la diversité qui caractérisait déjà l’exploitation de Julien d’Eysmond : vignes, agrumes, oliviers et apiculture, parallèlement à l’entretien de la suberaie, des sols, des paysages et des espaces naturels. La remise en culture des terres s’accompagne d’un travail plus large de restauration du paysage agricole, de préservation des arbres anciens et de maintien de la biodiversité méditerranéenne. Il ne s’agit pas simplement d’exploiter un patrimoine reçu en héritage. Il s’agit de le faire vivre. De rendre à la terre sa vocation, de conserver ce qui mérite de l’être et de transmettre à la génération suivante un Domaine vivant plutôt qu’un simple souvenir.
Le parcours de Julien d’Eysmond traverse deux époques profondément différentes, mais reliées par une même force de caractère. Il fut d’abord un homme de la Résistance, engagé dans la lutte contre le nazisme et décoré par plusieurs nations alliées pour son action au service de la liberté. Il devint ensuite un homme de terre, passionné par la Corse et la nature, développant une exploitation agricole tout en résistant, au fil des décennies, à la pression immobilière qui transformait progressivement le littoral. Aujourd’hui, le Domaine demeure le témoignage vivant de ces choix. Trois quarts de siècle plus tard, une nouvelle génération reprend cet héritage avec la volonté de poursuivre l’œuvre commencée : protéger les terres, les remettre en culture et les transmettre. Des combats de la Résistance aux premières plantations, de la préservation du patrimoine aux paysages agricoles des années 1950, jusqu’au renouveau engagé aujourd’hui, un même fil relie les générations : Préserver. Cultiver. Transmettre.
Au XVIIIᵉ siècle, sous domination génoise, Ànghjulu prend le maquis après avoir défendu l'honneur de sa famille. Poursuivi, il trouve refuge dans un casèddu bâti sur les rochers dominant la mer. Loin des hommes, il délaisse la violence et se consacre à la terre : il plante des vignes, cultive ce territoire sauvage et élève des chèvres.
Son vin acquiert rapidement une réputation qui dépasse les terres alentour : il se retrouve sur les tables des grandes familles et des notables de l’île, et accompagne les grandes occasions. Sa sagesse et la rigueur de son travail lui valent le surnom de « San'Anghjulu », Saint Ange, un nom qui traverse les générations et s'inscrit aujourd'hui dans le Domaine Saint Ange. Son blason en garde la mémoire : fleur de lys pour la droiture, pointe d'épée pour la liberté.
La Madonna di u Banditu veille sur le domaine, où un petit oratoire situé dans la Grotte du Bandit, lui est consacré.
Implanté à Sainte‑Lucie de Porto‑Vecchio, à proximité des plages emblématiques de Saint Cyprien et Pinarello et des paysages sauvages de l'Extrême‑Sud, le Domaine Saint Ange bénéficie de conditions particulièrement favorables à la culture de la vigne. Entre influence maritime, ensoleillement généreux et diversité des sols, le terroir offre un environnement propice à l'expression des cépages endémiques corses.
Le vignoble occupe une place centrale dans le développement du domaine. Cultivées dans le respect des équilibres naturels, les vignes participent à la naissance de futurs vins corses reflétant toute la singularité de ce territoire. Chaque plantation s'inscrit dans une démarche de qualité où le temps, la patience et l'observation de la nature occupent une place essentielle.
Certifié en agriculture biologique, le Domaine Saint Ange développe un modèle agricole fondé sur le respect des écosystèmes et la préservation des ressources naturelles. Les pratiques mises en œuvre favorisent la biodiversité, limitent l'impact sur l'environnement et contribuent à maintenir les équilibres qui font la richesse du site. Le domaine accorde une attention particulière à la protection des paysages, du maquis et des suberaies qui composent son identité.
Cette approche s'accompagne également d'actions en faveur de la faune locale, notamment de la tortue d'Hermann, espèce emblématique de Corse. À travers l'agroforesterie et une gestion raisonnée des espaces naturels, le Domaine Saint Ange démontre qu'excellence agricole et engagement écologique peuvent avancer ensemble.
Si la vigne occupe une place importante dans l'identité du domaine, elle s'inscrit dans un ensemble agricole plus vaste où se côtoient oliveraies, vergers, ruchers et espaces de maraîchage. Cette diversité permet de valoriser pleinement les ressources du terroir tout en favorisant la résilience des écosystèmes. Huile d'olive, miel de maquis, agrumes et autres produits artisanaux viennent ainsi compléter l'offre du domaine. Chaque production est pensée comme l'expression d'un territoire et d'un savoir‑faire, avec la volonté constante de proposer des produits authentiques, respectueux de leur origine et de leur environnement.
Au‑delà de sa vocation agricole, le Domaine Saint Ange souhaite partager son univers avec les visiteurs en proposant des expériences autour du vin, du terroir et du patrimoine corse. Visites du vignoble, découvertes des différentes cultures et dégustations permettent de mieux comprendre le travail réalisé au quotidien et les valeurs qui animent le domaine. Cette ouverture vers l'œnotourisme offre une occasion privilégiée de découvrir les paysages, les traditions et les savoir‑faire qui façonnent ce lieu unique. Une immersion au cœur d'un domaine viticole où la passion de la terre se transmet avec authenticité et générosité.